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Cette page m'a été communiquée par Mme. Hyacinthe BENOÎT et M. Luc DÉCHELETTE


L'enseignement d'Alexandre CABANEL à l’école des Beaux-Arts (1864-1889) :


Suite à la réforme de l’école des Beaux-Arts, CABANEL se retrouve le 1er janvier 1864 à la tête de l'un des trois atelier de peinture de l’école.

Ces ateliers se trouvent au premier étage du palais des études et prennent leur lumière d'une grande baie ouverte sur les jardins de l'hôtel de Chimay. 
Le modèle s'installe sur une table à plateau tournant (il est parfois devant un rideau qui sert de fond). Les nombreux tabou L'atelier est chauffé par le poêle traditionnel.
Le style de CABANEL, fondé sur la précision du dessin, apparaît alors comme le modèle à suivre. Il est à la fois le peintre des grands décors et le portraitiste mondain. Son atelier devient rapidement l'un des plus important de l'école. Entre 1864 et sa disparition en 1889, 663 élèves passent par son atelier. Ils sont aussi largement présents dans les concours et les Salons. Son enseignement incarne face à l'impressionnisme le dernier éclat de la peinture académique. Néanmoins, s'il poursuit un enseignement traditionnel fondé sur la pratique du dessin,
CABANEL ne cherche pas à imposer sa manière : il est un maître proche de ses élèves dont la liberté d'enseignement et l'ouverture d'esprit participent de la modernité artistique de la seconde
moitié du 19 ème siècle. Sa place centrale dans le monde des arts à cette époque explique l'engouement qui pousse de nombreux jeunes gens à intégrer son atelier. La journée se divise entre des travaux en atelier le matin, pour apprendre le dessin et la technique, et des visites dans les musées l'après-midi, pour s'imprégner de l'art des maîtres du passé. CABANEL, comme ses confrères GERÔME et PILS, ne vient qu'une à deux fois par semaine à l'école et corrige en moyenne une soixantaine d'élèves. Il est donc dans l'impossibilité d'offrir à chacun un enseignement égal. Ses remarques concernent essentiellement le dessin et la composition, la touche et la couleur lui sont indifférentes ; cela peut expliquer la diversité des talents qu'il a su faire éclore. CABANEL souhaite un haut niveau technique au sein de son atelier. La clef de voûte de son enseignement demeure le dessin d'après l'antique et le modèle vivant ; il impose donc à ses étudiants une longue pratique du dessin avant de les laisser s'adonner à la peinture. Le nombre d'étudiants à l'atelier devenant de plus en plus important, le peintre décide dès 1867 d'en limiter l'accès
et ouvre pour cela un concours de dessin et de peinture afin d'effectuer un premier tri parmi ses élèves ; une liste est ainsi dressée et seuls les 70 premiers sont admis à étudier dans l'atelier de peinture.
Ces concours internes permettent en outre à CABANEL de percevoir le talent de certains de ses élèves et de leur offrir un placement avantageux dans l'atelier. La salle ou l'on peint d'après le modèle vivant ne pouvant contenir plus de vingt-cinq étudiants devant leur chevalet, seuls les tout meilleurs sont autorisés à venir quotidiennement, les autres ne sont présents que par intermittence. Hors de l'atelier, ces derniers pouvaient aussi développer des esthétiques plus réalistes ou impressionnistes. CABANEL accueille aussi certains de ses étudiants le dimanche matin dans son hôtel particulier du 14 rue de Vigny en bordure du parc Monceau. Les témoignages de ses contemporains décrivent un homme sympathique, à l'écoute, "plus enclin à laisser ses élèves suivre leur propre pente, modifiant et adaptant ses conseils aux besoins de chacun". Son enseignement, moins strict et plus libéral que celui de GERÔME a même été jugé trop laxiste par certains. L'ambiance dans son atelier pouvait parfois paraître bruyante et indisciplinée. Certains artistes comme BASTIEN-LEPAGE qui sont restés plusieurs années dans l'atelier du maître ont souhaité par la suite se démarquer de son enseignement jugé trop académique et ne correspondant plus
à leur esthétique. Il faut aussi souligner l'un des aspect marquant de l'atelier de
CABANEL, celui d'une spécialisation, paradoxale pour un enseignement fondé sur le nu, d'un grand nombre d'élèves pour le paysage. En effet, CABANEL, en dehors du dessin, ne contraint pas ses élèves à une esthétique unique et apparaît même comme quelqu'un d'ouvert aux écoles nouvelles.

Source :
Hilaire Michel, Amic Sylvain. Alexandre Cabanel (1823-1889) - La tradition du beau
Éditeur : Somogy, Date de parution : 25/08/10, 503 pages.