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Vers la descendance de Guibert Fraisse
Vers l'arbre d'ascendance de Philippe FRAISSE

En bleu foncé :
Le texte venant de la thèse de M.
Bernard FOUBERT,
soutenue le 21 décembre 1990, à Paris IV (Paris - Sorbonne).
"Les habitations LABORDE à Saint Domingue dans la seconde moitié du XVIII° siècle.
Contribution à l'histoire d' HAITI (Plaine des Cayes)".
(Les sources manuscrites de cette thèse, archives et papiers privés,
se trouvent à Londres, en France et en Espagne).


En violet : (Citations également extraites de cette thèse)
Les Citations de M.E. ou de L.J. FRAISSE, tiré du "Mémoire au sujet d'une personne",
joint à la lettre de M.E., datée du 27 juillet 1778..

En bleu vert : (Citations également extraites de cette thèse).
Citations du comte d'ARGOUT.
Ou du Comte de MERCY
Ou de J.B. GÉRARD
En noir (ainsi que les soulignements)
Ce qui est de moi..


Fin août 1777, arrivée du faux neveu du comte MERCY, à Saint-Domingue.
Il dit venir de Martinique.

...La présence du neveu du comte de MERCY, fut signalée à Marie Etienne FRAISSE
par CHAMPIGNY, le commandant des milices de la partie Sud.

Le 9 octobre 1777,
lors de la tournée qu'il fit dans la partie Sud,
le
comte d'ARGOUT avait visité l'habitation Mercy sans faire état de l'arrivée de ce prétendu parent
(il avait aussi visité la 3ème habitation LABORDE : Celle gérée par Marie Etienne FRAISSE :
(
Voir ce qu'en dit M.E. FRAISSE).

Le fait paraît d'autant plus étonnant
qu'a son retour,
une réception semble avoir été donnée le 25 octobre 1777,
par le comte d'ARGOUT au Port au Prince en son honneur ...
De plus ils se serait rencontré au Cap, où le général gouverneur et son entourage avaient eu,
apparemment les plus grands égards pour ce voyageur et sa compagne...

et enfin le comte d'ARGOUT, donnera une lettre de créance à l'escroc pour le recommander,
en tant que neveu du comte de MERCY; au près de L.J. FRAISSE.

Hypothèses :
- Le comte, sans doute manipulé en ce sens par l'escroc, a voulu que la visite de l'habitation
..par le "neveu", soit en fait, une inspection surprise.
- Ce faux "neveu" est en fait envoyé pour ruiner et décrédibiliser Louis Jérôme FRAISSE
. .à cause du procès qu'il avait gagné contre CHOISEUL (duc de PRASLIN) et qui allait justement
. .repasser en appel... .Dans cette hypothèse, il pourrait y avoir eu une collusion entre
. .le comte d'ARGOUT, gouverneur général de Saint-Domingue
. .et CHOISEUL,duc de PRASLIN, ministre des affaires étrangères...

Par ailleurs, LABORDE, était l'ami et le banquier, du CHOISEUL ministre de la guerre :
cousin du CHOISEUL, duc de PRASLIN, Il a donc du être prévenu du fait que
Louis Jérôme FRAISSE était en procès avec le duc de PRASLIN...
Il devait donc ne pas trop apprécier d'avoir un FRAISSE comme régisseur
de sa troisième habitation...

Description, par Marie Etienne FRAISSE, de l'arrivée du faux neveu sur la propriété :

"Le 31 janvier 1778 à huit heure du soir arriva sur l'habitation de M. l'ambassadeur une personne
portant uniforme d'officier de troupe, avec un large cordon vert de droit à gauche sans croix
au bout et à la boutonnière un ruban liseré également sans croix.
Cet officier était accompagné d'une dame habillée en homme pour la commodité du voyage,
tous deux dans une chaise, ayant pour suite un domestique indien et une femme de chambre mulâtresse"
.

Marie Etienne décrit ainsi ce faux neveu :
"de petite taille d'environ cinq pieds mais bien faite, âgée d'environ vingt huit à trente ans,
d'un maintien très honnête, blond, les yeux bleus, très marqué par la petit vérole,
ce qui ne lui donne cependant pas une figure désagréable".

Après s'être présentés comme des voyageurs et avoir demandé le couvert et l'hospitalité pour la nuit,
ils présentèrent à Louis FRAISSE,
une lettre de créance du général datée du
1er Janvier 1778.


Dans cette lettre, le comte d'ARGOUT priait le régisseur :
"de lui donner tous les éclaircissements qu'il vous demandera relativement aux intérêts de
M. MERCY et de faire promener et visiter toute l'habitation afin qu'il puisse, en arrivant en France,
où il doit se rendre sous peu de jours
, rendre un compte exact
de ce qu'il aura vu".


Il faut savoir que Le comte de MERCY avait prescrit à Louis Jérôme FRAISSE :

"d'avoir les mêmes égards et déférences aux ordres et avis de M le comte d'ARGOUT
que si c'était les siens mêmes
"...


Celui-ci devait donc le considérer comme :

"Un fondé de procuration, un procureur honoraire jouissant du premier degré de confiance de son Excellence"

à cet égard tout doute sur la qualité du pseudo neveu aurait constitué (d'après Marie Etienne) :

"une offense envers lui et M. le comte d'ARGOUT et par conséquent envers M le comte de MERCY"

Une telle recommandation valant garantie d'honorabilité, plaçait le régisseur dans une position délicate .
C'est alors qu'avec un art consommé l'aventurier engagea la partie
qui lui permis de duper ses hôtes en leur extorquant des fonds.


Revendiquant les noms et qualités de Jean Ferdinand comte de MERCY-ARGENTAUD,
chevalier de l'ordre de Marie Thérèse, seigneur de Wasberg Constantin en Hainaut et autres lieus,
colonel d'infanterie au service de l'empire (nom et qualités déclinés dans une procuration laissé par l'escroc à MARTIGNIAT, le notaire des FRAISSE).


Il alla jusqu'à produire au comte de PARDAILLAN, commandant en second de la partie sud,
un brevet de lieutenant colonel d'un régiment Autrichien
ainsi qu'un permis ou agrément du prince Charles pour son mariage.


Se prétendant cadet de sa branche, il disait être passé en 1773 avec son épouse à Demerary, en Guyane hollandaise,
y avoir formé une caféière où il avait éprouvé de lourdes pertes en nègres et, rebuté d'un pays malsain,
l'avoir vendu 160.000 florins payés en lettres de change sur Amsterdam
.

Venu en Martinique pour tenter sans succès de les réemployer, il y aurait appris l'existence à Saint-Domingue
d'une habitation appartenant à son oncle, ce qui l'aurait incité à gagner le cap où sa femme était venue le rejoindre.
Ses séjours au cap et au port au prince s'étant révélés d'autant plus coûteux
qu'il n'avait pu placer son panier sur Amsterdam...
et devant, disait-il rejoindre son régiment en Juin, il déclara à Louis FRAISSE
avoir un besoin indispensable de 25.000 livres avant de pouvoir arrêter son passage pour l'Europe
.

Louis Jérôme FRAISSE objecta que " ses facultés particulières étaient très limitées"
et qu'il n'était pas autorisé à
tirer sur les fonds disponibles chez FOACHE, réservés à l'établissement de l'habitation et au payement de ses dettes,

avec beaucoup d'habileté, l'aventurier l'assura qu'il n'en était pas question, lui demandant simplement
de négocier les traites qu'il fournirait sur le comte de MERCY.

Le 21 février Louis François FRAISSE écrivit au comte d'ARGOUT pour l'informer de l'opération projetée :

"Monsieur le comte de MERCY neveu vous aura prévenu, mon général,
que la somme de 20 à 25.000 livres dont il m'a témoigné avoir ici besoin
ne prend en rien sur les fonds de son excellence.
Je la lui ai procuré en partie et finirais sur des lettres de change
qu'il a tirées et tirera sur son excellence et que j'endosse pour les négocier
et remplacer les traites que je lui ai fournies sur le cap".

Le 2 mars, le comte d'ARGOUT lui faisait cette réponse à la fois évasive et inquiétante :
"M. le comte de MERCY neveu ne m'a pas parlé des 20 à 25.000 livres dont il a eu besoin.
Quoiqu'il en soit , je pense bien que cette somme ne prend en rien sur les fonds de son excellence..."

Aux 22.000 livres déjà comptées le 13 février et devant servir à régler des dettes contractées au Cap
et Port - au -Prince, vinrent s'en ajouter bien d'autres, tant et si bien que
Louis Jérôme FRAISSE se trouva finalement à découvert d'une somme de 59.400 livres d'Amérique
(Soit 39.000 livres tournoi, puisqu'une livre d'Amérique = 0,67 livre tournois)

(7.300 livres prêtées par CHARIN, secrétaire du comte d'ARGOUT
et 13.508 livres par TOUZALIN,
curateur aux successions vacantes au Port - au - Prince).
Comme le souligne justement L.J. FRAISSE
"Ces deux personnes s'étaient sans doute livrées à prêter à ce prétendu comte d'après l'accueil qu'avait pu lui faire le général"

Il est vrai que cette étonnante personne avait su mener son entreprise de séduction à la perfection.
Ayant visité l'habitation et s'étant informé de tout :

" Elle rendit ensuite visite à tous les voisins de l'habitation de quelque considération,
en fut reçue suivant l'opinion qu'on avait d'elle c'est à dire avec la plus grande distinction,
les traita et en fut traitée ainsi que son épouse. M. le comte de PARDAILLAN, commandant
en second de la partie sud, leur avait déjà fait accueil à leur passage à Saint Louis,
leur fit encore plus distingué ici, ainsi que M. de CHAMPIGNY, commandant pour lors
par intérim aux Cayes. En retour de toutes ces honnêtetés, cette personne donna plusieurs fêtes,
entre autre un dîner de trente personnes à Madame la comtesse de PARDAILLANT "
(d'après Marie Etienne FRAISSE)

Moyennant quoi, le commandant en second leur délivra un congé sans publication
et celui de leur domestiques sans cautionnement. Le 10 mars 1778, parvenu à ses fins,
l'escroc quittait Saint Domingue sans encombre et s'embarquait avec sa troupe sur le navire marseillais, l'Hirondelle
[
amateurs : Les frères BASTERRECHE (Jean-Pierre et Léon)].

Avant de disparaître, l'aventurier s'était offert le luxe de faire des cadeaux :
une boite en or à portrait d'une valeur de 4 à 500 livres à Marie Etienne et une traite de 2.000 livres
à Louis Jérôme à titre de remerciement plus le cabriolet et les trois chevaux avec les quels il était venu, du reste en piteux état.

Dans sa candeur, Louis Jérôme FRAISSE considérait l'acceptation par son excellence des lettres de change
du pseudo neveu comme une facilité, les fonds de ces traites devant être faits avant leur échéance
sitôt son arrivée en France par la négociation de ce papier sur Amsterdam.

Le régisseur ne devait pas tarder à déchanter en apprenant par une lettre de l'ambassadeur en date du 30 avril 1778
qu'il n'avait ni parent de son nom ni qui que se soient dans le cas de passer en Amérique et que toutes les lettres de change allaient être protestées.


((Le 27 juin 1778 : La cour de Port au Prince "appointe les parties au conseil",
pour le l'appel du procès entre Louis Jérôme FRAISSE et le duc de PRASLIN)) ...

S'estimant non sans raison, lésés par les procédés du général à leur égard, les
FRAISSE
tentèrent vainement de faire admettre au comte d'ARGOUT qu'il était pour quelque chose
dans cette méprise qui leur coûtait si cher. Mais celui-ci se dégagea en rejetant leur interprétation de façon désinvolte.
"l'objection que vous me faites sur la dépense que le soit - disant comte de MERCY
(qui dans le fond n'est qu'un aventurier) a occasionnée, ne sera pas vu d'un bon œil de la part de son excellence.
Vous devez vous rappeler d'ailleurs ce que je vous en ai écrit dans le temps à son sujet
vous recommandant sur toutes choses de ne compromettre en aucune manière les fonds de son excellence".

Les FRAISSE eurent beau jeu de souligner qu'a aucun moment le gouverneur n'avait jugé utile de formuler des réserves sur cet étranger
ou de faire prendre des renseignements en France à son sujet. Compte tenu de l'influence du gouverneur général,
il était évident qu'un avis de lui ne pouvait manquer d'impressionner favorablement le régisseur.

" le rendant n'ignore pas qu'une lettre de créance n'est pas une lettre de crédit mais elle oblige à des égards
plus ou moins
.grands suivant la qualité des personnes qui la donne".
(Remarque de Louis Jérôme FRAISSE).

En fait, la bonne foi du comte d'ARGOUT et de son entourage paraît bien avoir été surprise, abusant du même coup celle des régisseurs.
Il reste cependant, qu'il y eu quelque imprudence de la part de Louis Jérôme FRAISSE à s'engager sans consulter le procureur.
Le comte d'ARGOUT ne se fit d'ailleurs pas faute de le lui rappeler :
"
pour revenir à votre état, comme son Excellence a prié M. de LABORDE de trouver bon que M. GÉRARD
eut l'œil sur son habitation, ce que M. de LABORDE a agréé, il convient que vous lui remettiez un double
des comptes relatifs à l'habitation et qu'en général vous lui soumettiez vos opérations
".
Le comte d'ARGOUT à Louis Jérôme FRAISSE, 15 juillet 1778.

Ce que feint d'oublier le comte d'ARGOUT, c'est que c'est lui qui a présenté l'escroc,
comme étant le neveu du comte de MERCY,
et que Louis Jérôme est tenu, par le comte de MERCY de le considérer comme
"...Un fondé de procuration, un procureur honoraire jouissant du premier degré de confiance de son Excellence"
et qu'il doit "avoir les mêmes égards et déférences aux ordres et avis de M le comte d'ARGOUT
que si c'était les siens mêmes"...

Or La lettre de créance du général, datée du 1er Janvier 1778 laissait à penser que
le comte de MERCY était déjà au courant de la venue de son neveu.
De même qu'elle induisait que Louis Jérôme prévienne directement le général, plutôt que J.B. GÉRARD
(Ce qu'il fit par sa lettre du Le 21 février 1778).

Et que malgré cette lettre au comte d'ARGOUT, gouverneur général de Saint-Domingue,
l'escroc reçu le 10 mars 1778, l'autorisation de quitter Saint-Domingue...
)

Ainsi pour le comte d'ARGOUT, la faute revenait à Louis Jérôme car il n'avait pas consulté Jean Baptiste GÉRARD
On peut ce demander ce qu'aurait pu dire J.B. GÉRARD, s'il avait été prévenu...
étant donné que le tout Saint-Domingue avait reconnu l'escroc comme étant le neveu du comte...
Il est sûr que les FRAISSE ont commit l'erreur de ne pas se couvrir au maximum :
En prévenant à la fois le comte d'ARGOUT et J.B. GÉRARD.
Toujours est-il que tous vont se retourner contre Louis François, sauf son frère Marie Etienne
qui va partager la dette avec lui. Ce qui est juste puisque l'on peut supposer qu'il a du conseiller son frère dans cette affaire ...

... Le régisseur avait, dans une matière aussi sérieuse, commis la faute de ne pas consulter J.B. GÉRARD
et ce dernier trois ans plus tard démit l'imprudent de ses fonctions
:
" J'ai été dans le cas de déplacer M. Louis FRAISSE.
Je l'ai fait avec peine parce qu'il répugne à mes principes de nuire à qui que se soit
et que d'ailleurs, j'ai toujours été touché des pertes que lui a occasionnées cet aventurier
qui lui a été adressé par le comte d'ARGOUT
mais je n'ai pu en cette occasion écouter
que les devoirs de confiance dont je suis chargé. J'ai rendu compte à M. le comte de MERCY
des motifs qui m'ont déterminé, vous en avez eu connaissance
.
Lettre de J.B. GÉRARD à LABORDE, le 20 mai 1781

On voit ici que J.B. GÉRARD insiste sur le rôle de comte d'ARGOUT dans cette affaire...

Par ailleurs il se justifia vis à vis des FRAISSE en leur donnant comme motif du renvoie le fait que
Louis Jérôme étant devenu propriétaire, il n'aurait plus assez de temps à consacrer à l'habitation MERCY...
comme on peut le constater dans une lettre de M.E. FRAISSE à LABORDE :
"M. GÉRARD
m'a dit qu'il avait écrit à M. le comte de MERCY qu'il pensait que
les soins de mon frère pouvait donner à son habitation
pourrait trop le détourner de ceux qu'il devait à celle de son excellence,
qu'il se déterminait donc à le remplacer.
Le troisième jour de la remise il m'a dit sans que je lui ai demandé
qu'il vous rendrait compte de cette remise,
cela doit m'imposer silence sur ce changement."
(On ne peut s'empècher de penser que Louis François DANTAN par exemple,
s'occupait lui de 7 habitations (Esmangart, Laborde, Pelerin, Mercy-Argenteau et Reignier)
lorsqu'il était régisseur de la 3 ème habitation LABORDE et que personne ne trouvait rien à redire...)

Dans le malheur qui les frappait et devant la fin de non recevoir du gouverneur qui ne se prêta
à aucun arrangement avec les créanciers porteur de lettre de change, l'aîné des FRAISSE
s'adressa à LABORDE pour lui demander d'intercéder auprès du comte de MERCY afin de :
"
rendre les suites de cette affaire moins fâcheuses pour mon frère"
M.E. FRAISSE à LABORDE, 27 juillet 1778
LABORDE
s'entremit en adressant à l'ambassadeur une lettre de GÉRARD dont on ignore la teneur...

Le 29 mai 1779 Louis Jérôme se marie avec Catherine ROUSSEAU
...
Un mariage opportun en :
"lui procurant une terre avec un commencement d'établissement qui est très propre pour l'indigo
et de facile d'exploitation peut rendre moins lourds les moyens à lui procurer pour faire honneur
avec le temps aux lettres de change qu'il a endossées"
. M.E. à LABORDE le 10 juin 1779.
Cette propriété, l'habitation St Jérôme, était située paroisse de Torbeck, n°3 quartier du vieux bourg.
[elle sera évaluée à 186.666,66 Frs en 1828, (Voir le dossier d'indemnisation)]

Une ultime demande auprès du gouverneur échoua en juin 1779 et son décès
l'année suivante mit un point final à ces tentatives.
(le comte d'ARGOUT mourut au Cap le 7 mars 1780)
Il fallut se résigner à traiter avec les créanciers.

"M. le comte d'ARGOUT nous ayant refusé le secours que nous nous étions permis
de lui demander avec offre d'intérêts et mon cautionnement solidaire,
je viens de prendre des arrangements avec les porteurs de lettres de change du prétendu comte de MERCY neveu.
Un seul a exigé 1.000 écus comptant sur 12.000 livres. Un autre pour 6.000 livres n'a pas voulu souscrire
à l'arrangement qui est de cinq ans ou de quatre, la paix survenant ,
pour payer capital et intérêt, le tout sous mon cautionnement.
Il s'agit en totalité de 59.400 livres de principal.
Je crois devoir partager cette perte avec mon frère en raison chacun de nos facultés
qui sont ensemble de 36 à 40 nègres pour cultiver une terre en indigo".

M.E. FRAISSE à LABORDE, le 25 juillet 1779.
Il pourrait s'agir de l'indigoterie DIBASSON dont les FRAISSE étaient fermiers depuis trois ans.

Finalement, LABORDE et le comte de MERCY consentirent des avances aux FRAISSE
pour leur donner les délais nécessaires au remboursement.
L'ambassadeur autorisa GÉRARD à accorder à L.J. FRAISSE une avance de 45.000 livres
sans intérêt pendant quatre ans sous le cautionnement de son frère...

Non seulement L.J. FRAISSE sortait discrédité de l'aventure mais il est certain que les rapports de l'aîné
avec LABORDE s'en trouvèrent également altérés dans la mesure où les malheurs de son frère rejaillirent sur ses finances.

(Le procès entre CHOISEUL, duc de Praslin et L.J. FRAISSE a du aussi jouer son rôle...)
D'autre part si l'état des finances de Marie Etienne allait l'amener à chercher d'autre source de financement
et ce faisant détourner un peu de son temps de son travail de régisseur,
cela venait entre autre du fait que LABORDE avait très mal rémunéré son travail...
(voir ci-dessous : Exemples de commissions perçues)...

"Il est vrai que depuis quelque temps j'ai eu plus d'occupations et beaucoup plus que j' aurais voulu
mais je crois que j'ai fait tout mon possible pour que vos affaires n'en souffrissent pas en me privant de délassement...
Puisque nous aurons incessamment l'honneur de voir Monsieur votre fils, je désire beaucoup qu'il puisse s'apercevoir
à l'état de votre habitation qu'elle n'est pas négligée"

M.E. FRAISSE à LABORDE, 29 avril 1783

FRAISSE admit s'être occupé pendant six ans d'affaires contentieuses relative à l'habitation Haudry
et aux héritiers DANTAN.

Exemples concernant les commissions perçues :
Ces commissions dépendaient de l'importance du revenu de l'habitation, c'est à dire des sucres et des sirops.
- J.B. GÉRARD
en 11 ans reçu 124.041 livres soit une moyenne annuelle de 11.667 livres par an.
- Bernard LAVIGNOLLE
au cours des 11 années suivantes encaissa 271.335 , soit 24.667 livres par an,
..plus du double par conséquent.
- FRAISSE en six ans (1778-1783) ne reçu que 25.041 livres soit 4.173 livres par an, une misère en comparaison,
ce
..qui explique son amertume après sa révocation. (somme proche des 5.000 livres de son allocation annuelle
pour la dépense de table et l'hôpital) ...
- Les frères LAVIGNOLLE reçurent plus de 150.000 livres de commission en douze ans (1780-1791) pour la seule .
régie de la troisième habitation soit 12.000 livres par an.
-
La seconde habitation ne rapporta à Sauveur GÉRARD dit l'aîné, qu'un peu plus de 50.000 livres en cinq ans
.. (1780-1784) soit 10.289 livres par an.
- Mais elle en procura plus du double à ses successeurs en (1790-1791).

Le montant des commissions a donc varié avec le temps.
Après avoir baissé pendant la guerre d'Amérique (1778-1783),
((Qui fut la période de Marie Etienne FRAISSE...))
il doubla à partir de 1785 avec la montée de la production.

Contrarié tout d'abord par toute une série de facteurs défavorables tels défrichements,
constructions, formation des ateliers, son évolution favorable reflète le changement de fabrication
et le passage du sucre brute au sucre terré dont la valeur variait du simple au double.

Concernant la gestion de M.E. FRAISSE, le peu de revenu qu'il en tira
s'explique donc par une conjonction de faits :
Au moment de la remise de l'habitation par DANTAN les cultures couvraient une étendue de 150 carreaux,
dont les deux tiers en grande cannes et le reste en premier et seconds rejetons.
En outre, pour achever l'établissement en brut, il fallait refaire l'ancien aqueduc et construire un pont sur la ravine Laroque.
Dès l'année suivante ces belles perspectives s'évanouissaient avec la déclaration de guerre, les sucres bruts
perdirent toute valeur, notamment les qualité inférieures produites par les terres récemment défrichées.
(les deux tiers des terres de la troisième habitation durant la gérance de Marie Etienne).

Il ne restait donc rien d'autre à faire que "d'établir en blanc" selon le plan que FRAISSE avait fait approuvé par LABORDE.
Mais la réalisation d'un tel programme avec un atelier affaibli et de faibles ressources pécuniaires supposait des détournements
considérables qui risquaient d'être préjudiciables aux cultures.
(Ainsi, dans cette période de guerre et de vaches maigres, Marie Etienne va réformer la troisième habitation pour la rendre plus rentable,
régler les dettes de l'habitation ainsi que les problème juridiques qui restaient...
Lorsque cela sera réalisé il n'en retirera aucune reconnaissance ni aucun bénéfice...)

Par ailleurs, alors que la troisième habitation est de loin la plus mauvaise pour la culture de la canne,
Marie Etienne va en plus devoir subir un échange de terrains très inégal :

...En 1779, un échange de terrain entre les secondes et troisième habitation privera celle-ci de quelques unes
de ses meilleures pièces au détriment de son régisseur. On ignore les circonstances dans les quelles cette opération
fut décidée mais elle ne put se faire qu'à l'initiative des frères GÉRARD
dont l'aîné venait de recevoir la procuration
de la seconde habitation A première vue on pense à une redistribution de terre de plaine entre deux habitations voisines
mais s'agissant de "terres neuves" promises à de grands revenus, ce prélèvement n'était pas gratuit et profitait à Sauveur GÉRARD .
Il est vrai que l'affaire du faux comte de MERCY avait fait un tord considérablement aux FRAISSE et probablement renforcé l'influence de leurs rivaux .
La ligne tracée à travers les deux habitations limitrophes transférait 58 carreaux de terre (65,5 ha) de l'ancienne concession BIZOTON
à la seconde habitation qui n'en rendait en échange que 24 (27ha).
La troisième cédait 34 carreaux sans contre partie mais il y avait plus grave encore :
"Cette habitation cède quatre pièces de cannes les mieux établies sans aucun manque, point maltraité des insectes
et à leur second produit. Elle n'en reçoit que la valeur de deux pièces de peu d'espérance et le surplus en bois debout"
M.E. FRAISSE à LABORDE 25 décembre 1779.
Trois ans plus tard, en s'adressant à LABORDE le plan de l'habitation, FRAISSE ne manqua pas de rappeler que l'échange avait donné
"une portion de jardin dont les pièces seront fort irrégulières, de dure exploitation et hachée de fausses lisières, ravines, mornets et canaux"
Le régisseur pouvait d'autant moins se résigner à cette amputation de terre et revenu qu'il avait pris la peine de la faire défricher et qu'elle était appelée,
après une première coupe sans valeur, à donner du sucre pendant dix ans sans avoir besoin d'être replantée.
Il considérait à juste titre celle qu'il avait reçue comme la plus mauvaise de la seconde habitation.

Le bilan comptable :
Celui-ci marque un retour à l'équilibre malgré une conjoncture défavorable
due à la guerre, au changement de fabrique et à la cession de quelques bonnes pièces à la seconde habitation...
Les dépense furent réduites,
les recettes furent légèrement supérieures aux dépenses .
à partir de 1782, la production doubla en volume et quadrupla en valeur...
L'Équilibre était presque atteint à la veille de la guerre et il fut rétabli dès 1782,
le solde fut négligeable mais les traites sur LABORDE disparurent.
Les remises en France ne produisirent que 74.069 livres tournois, un peu moins que sous la régie précédente.
Cette somme représente 111.103 livres coloniales soit un écart de 9,3 % par rapport à la valeur facturée au départ.
Cette différence ne doit pas paraître excessive si l'on tient compte des frais du fret et des frais en métropole.

Un seuil a été franchi au cours de ces années difficiles
et les conditions semblaient réunies pour permettre une
augmentation substantielle de la production et des revenus.
Mais ce sont les successeurs de Marie Etienne qui en profiteront...