THESE
de Monsieur Bernard FOUBERT, soutenue le 21 décembre 1990, à Paris IV (Paris-Sorbonne).

"Les habitations LABORDE à SAINT DOMINGUE dans la seconde moitié du XVIII° siècle.
Contribution à l'histoire d' HAITI (Plaine des Cayes)"
.

(Les sources manuscrites de cette thèse, archives et papiers privés,
se trouvent à Londres, en France et en Espagne).

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Première partie :
la création et la mise en valeur du domaine (1768-1791).

Les habitations sucrières Laborde, situées dans la plaine des Cayes, au sud de l'île, couvraient, en 1789,
1.500 hectares et employaient 1.400 esclaves.
Leur propriétaire était Jean Joseph LABORDE, né le 27 janvier 1724, à Jaca en Espagne,
il a obtenu le 4 mars 1749 des lettres de naturalité, mentionnant sa naissance à Jaca,
il fut l'enfant légitime de Jean Laborde (de Bielle en Ossau) et de Marguerite Saint Croux.
il vécu et travailla chez un oncle aubergiste à Jaca.
Il eut en héritage, d'un autre oncle, une maison de commerce à Bayonne en 1751.
Puis (grâce au duc de CHOISEUL : Voir le lien ci-dessus)
Il fut banquier de la cour de 1759 à 1767 et édifia une immense fortune.
Il fut : "Escuyer, seigneur de Saint Escobille, Removille, le châtelet et autres lieux, conseiller secrétaire du roi,
maison couronne de France et de ses finances" demeurant à Paris rue Richelieu, paroisse Saint Eustache.
Le 27 janvier 1724 il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire et fut guillotiné le 18 avril.

C'est sur les conseils du chevalier Jean Baptiste PICOT
((Major à Jacmel, marié à une créole : Anne Marie de la FRESSELIERE,
née paroisse du Vieux Bourg, fille de Georges Damien de la FRESSELIERE
ancien juge de la compagnie de Saint-Domingue en 1715, mort aux Cayes en 1755
et d'Anne DUCHON et veuve de Jean LAREYNIE, ancien habitant et capitaine de milice,
avec qui elle s'était marié en 23 Juillet 1740))
.

et de son régisseur Jean Baptiste GÉRARD
qu'il acheta ses habitations à diverses personnes :
- l'habitation Conflans, en 1768, au comte de CONFLANS, ancien gouverneur, (pour 2 millions de francs)
- l'habitation de l'Islet,
- l'indigoterie Dibasson
- et l'habitation Grimaud, en 1771, à des négociants nantais.

La canne à sucre avait été introduite tardivement dans ce quartier, grâce au réseau d'irrigation réalisé
entre 1759 et 1765 par DAVEZAC de CASTERA. La surface cultivée en cannes augmenta peu à peu,
repoussant les cultures vivrières et obligeant au défrichement de bois étendus.
L'amélioration du rendement des terres demanda beaucoup d'effort aux régisseurs
et une augmentation considérable de l'effectif des ateliers d'esclaves.

Pour passer de la production de sucre brut à celle de sucre blanc, il fallut construire de nouveaux bâtiments,
ce qui entraîna de fortes dépenses et un détournement d'une partie de la main d'œuvre destinée à la culture.
Les bâtiments destinés à la fabrique du sucre furent parmi les plus importants édifiés dans la plaine du
Fond et coûtèrent en vingt ans plus de 750.000 livres coloniales,
alors que les cases des régisseurs et des esclaves furent toujours rudimentaires.

Le personnel blanc formait des petites équipes de quatre à cinq personnes,
surtout d'origine béarnaise
et les gérants, honnêtes, venaient principalement
de la famille LAVIGNOLLE, parente des LABORDE.
Mais rien ne pouvait suppléer à l'absence du propriétaire.

L'atelier passa, de 1768 à 1781,de 225 à 1.441 esclaves.
Il y eut 2.273 achats d'esclaves, dont les trois quarts venaient de la traite,
en majorité des congo, ainsi que des nago et des arada.

Il y avait, en 1791, 60% d'hommes et l'immense majorité travaillait à la canne.
L'opération centrale était la production de sucre blanc.
Les trois habitations Laborde en produisaient près de 1.400 milliers (de livres poids)
et représentaient, en 1791, presque 8% de la valeur des cent sucreries de la plaine des Cayes.
Le caractère aléatoire des revenus pour le propriétaire s'explique par les nombreux obstacles à
l'expédition et un rendement de 6 à 7%.

Un chapitre de la thèse étudie les régies de trois gérants successifs de la troisième habitation LABORDE :
-
Louis François DANTAN,
- Marie Etienne FRAISSE
et Bernard LAVIGNOLLE.

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Deuxième partie :

la destruction et l'abandon des habitations (1792-1803)

Cette partie suit les répercussions de la révolution
de St. Domingue sur les habitations LABORDE, au temps des premiers soulèvements,
puis de POLVEREL, de RIGAUD, du général LAPLUME et de l'expédition LECLERC.

En 1810, RIGAUD et sa famille s'installèrent sur les habitations LABORDE
et l'indemnité de 1832, fixée à 589.735 francs,
fut attribuée aux enfants survivants, Alexandre et Nathalie de LABORDE,
leur frère François LABORDE de MEREVILLE étant mort à Londres le 3 octobre 1802.

L'aspect essentiel pour l'histoire d'Haïti, c'est la ténacité irrésistible avec laquelle les anciens esclaves
devenus "cultivateurs" firent prévaloir leur droit de s'établir où bon leur semblait et de posséder quelques
carreaux de terre. Il s'agit là d'un des traits majeurs de cette révolution sociale
qui fit disparaître l'économie de plantation
pour lui substituer une agriculture de subsistance associée au café.

(d'apres un résumé tiré de : G.H.C. Bulletin 26 : Avril 1991 Page 305).